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Il m’a fallu du temps pour accepter mon homosexualité. J’avais alors 35 ans, j’étais marié, des enfants. Ce n’est pas une situation simple... J’ai fait des rencontres, je me suis documenté, pour
comprendre ce qui m’arrivait... Echanger avec des personnes dans ma situation. Comprendre comment j’avais pu me cacher la vérité à ce point pendant toutes ces années? Alors que je connaissais mes
désirs, que j’avais tous les éléments pour comprendre qui j’étais. J’ai rassemblé ici des témoignages, des références, des poèmes qui m'ont aidé. Si ça peut être utile...
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Je veux partager avec vous quelques extraits de l'article "Honte" du "Dictionnaire de l'homophobie" (auteur de
l'article Sébastien Chauvin, ouvrage réalisé sous la direction de Louis-Georges TIN disponible chez PUF). Vous faire part de cet article qui m'a vraiment permis de comprendre, de donner du sens à
ce que j'ai vécu, ressenti. Je vous invite à lire l'article en entier dans l'ouvrage cité (ou sur le site web de Sébastien
Chauvin).
La honte d'être homosexuel, l'homophobie intériorisée.
"A l'instar d'autres groupes stigmatisés, les gais et les lesbiennes sont à bien des égards, des "enfants de la honte". (...) La honte
est un sentiment de vulnérabilité universellement accessible, mais non universellement réparti entre les individus et les catégories d'individus. Nous sommes, en théorie, tous égaux
devant la honte, mais dans le monde social réel, certains sont plus "égaux" que d'autres.
La honte est un des mécanismes les plus puissants grâce auxquels l'ordre social nous "tient" et nous maintient sous son emprise, que ce soit en empêchant les "normaux" de s'éloigner du "droit
chemin" ou en poussant les "anormaux" à se cacher et à rester invisibles, à ne pas reconnaître leur appartenance à telle ou telle catégorie stigmatisée.
Lors des situations souvent douloureuses au sein desquelles est mobilisé, cyniquement ou inconsciemment, par les autres ou par soi-même, le discrédit social lié à l'homosexualité, la sensation
physique de la honte s'exprime par des manifestations corporelles de vulnérabilité et d'impuissance comme le rougissement, les sueurs, les tremblements et le malaise. Par ces manifestations, les
corps "disciplinés", subitement envahis par le monde, retraduisent le désir urgent et irrépressible de disparaître de la scène sociale (...) Cette émotion se fait d'autant plus intense et cruelle
lorsque, comme c'est bien souvent le cas, se surajoute à la honte la conscience de trahir sa honte à l'extérieur- enclenchant alors une spirale infernale qui décuple la puissance du sentiment
premier.
La honte est à la fois totale et réductrice. La vision homophobe réduit l'identité homosexuelle à une orientation purement "sexuelle" et fait du sexuel, pensé en termes de "tendances" et de
pulsions plus ou moins associées à l'animalité, l'origine de toutes les actions et de toutes les pensées des gais et des lesbiennes. Leur être tout entier se retrouve identifié à une "pulsion
perverse". C'est pourquoi l'homophobie ne les considère pas simplement comme des anormaux, mais en fait aussi et surtout comme des impudiques.
Sentiment d'être réduit à une pulsion, face à une société dans laquelle le "processus de civilisation" tend précisément à refouler l'ordre de l'organique et du pulsionnel dans la sphère de
l'intime et du privé, la honte homosexuelle a un rapport privilégié avec le sentiment d'être sale et d'être sale en public, c'est-à-dire dans une situation inappropriée et choquante.
La honte (...) est la manifestation d'une forme "d'allégeance corporelle" des homosexuels à l'idée que ce qui est révélé sur eux (ou ce qui menace de l'être) renvoie à quelque chose de
fondamental pour la définition de leur caractère, et que ce "quelque chose" devrait ou aurait dû rester caché. Plus radicalement, la honte extorque au sujet homosexuel la croyance au
mythe qu'il y a bien, dans les plis de son corps ou dans les profondeurs de sa conscience, un "quelque chose" à cacher ou à révéler: ce dont précisément il est invité à avoir honte."
De la honte à la fierté
"Ainsi, si la fierté a encore plus de sens pour les gais et les lesbiennes que pour les Noirs, à qui historiquement ils empruntent le concept, c'est que leur invisibilisation par la
honte a été l'un des principaux moyens par lesquels s'est exercé sur eux la domination symbolique. La construction de l'identité "gaie", tant au plan personnel que collectif, travaille
précisément à résister à ce mécanisme: la gay pride vise d'abord une réappropriation de l'identité homosexuelle qui renverserait le stigmate en fierté, aussi bien privée que publique,
désarmant l'injure initiale en revendiquant "tête haute" l'identité originellement assignée par la société homophobe (...). Une communauté gaie et lesbienne mobilisée sert non seulement de levier
aux mobilisations politiques, mais aussi, plus quotidiennement, de refuge protecteur permettant aux homosexuels de se reconstruire à l'écart des hiérarchies dominantes qui, lorsqu'elles sont
intériorisées et retournées sur soi, engendrent précisément la honte et la haine de soi.
C'est la honte qui nous constitue, c'est elle encore qui nous rassemble: entrer dans la honte, c'est tout à la fois déjà reconnaître ce que l'on est, qui l'on est, et de qui
l'ordre social homophobe nous rend objectivement solidaires, malgré nos réticences initiales.(...) De même que la fierté porte en elle sa généalogie honteuse, la honte, lorsqu’elle est assumée
vraiment, lorsqu’on cesse d’avoir "honte d’avoir honte", enferme une sorte de fierté paradoxale. Cette honte orgueilleuse, explique Didier Eribon, pourrait constituer "le point de départ et
d’appui d’une réinvention de soi". En nous mettant au monde comme des êtres aliénés ou "assujettis", la "honte gaie" enfermerait donc déjà, comme en négatif, mais déjà plus qu’en négatif, quelque
chose comme notre liberté."
Articles liés:
s Poème sur le thème de la honte d'être homo
s Témoignages: "Cette
force qui nous pousse à porter un masque" (l'invisibilisation par la honte)
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J’AVAIS HONTE DE MES DESIRS HOMOSEXUELS
- Poème "Ne le
dit à personne"
- Analyse in l'article "Honte" du Dictionnaire de l'homophobie
J’EN AI FAIT DU CHEMIN AVANT DE DIRE "JE SUIS GAY"
TEMOIGNAGES:
- Un chemin d’acceptation de soi
- Pour être finalement en accord avec soi-même
- "Peinture" de la vie quotidienne d'un ado pas hétéro et
mal dans sa peau
- "15 ans ferme!" ou comment je me suis construit une prison mentale tout seul
- Entre le temps passé et le temps qu'il me reste (réflexions d'un homo
tardif)
- Les sentiers de l'acceptation
ANALYSE:
- Extrait de "Comprendre l’homosexualité" de Marina Castañeda
ETRE HOMOSEXUEL ET CHOISIR SA VIE
- Guérir de l'homosexualité
- Est-ce que je suis gay? Comment savoir? Un
test?
- Coming
out
- La liberté de la honte?
- Vivre son homosexualité au grand jour ou dans le placard: dialogue tiré du roman "Ne le dis à
personne" de J Bayli
- On tomberait amoureux d'une personne et pas d'un sexe?
- Le mirage de la bisexualité: réflexion de M
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- Je suis simplement fier d'être
pd
- Un homme marié qui fréquente les parcs gay la nuit, il est hétéro, bi ou homo?
- Coming out du père de famille: quand la vérité rend libre (analyse)
FILMS ROMANS qui parlent de l'homosexualité d'un homme marié
BONUS
- Je vous raconte une histoire?
- Rester? Divorcer? Quand on est trop bien pour partir, mais pas assez pour
rester...
- Questionnaire
(en forme de clin d'oeil) pour nos amis hétérosexuels
- La musique magique de Liane
Foly
- Partir (poème)