Père et gay

 

 

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"Des hommes et des femmes changent plus ou moins brutalement de vie alors qu'ils sont mariés, ont des enfants et semblent installés dans une totale "normalité". Ils semblent "devenir homosexuels". Il s'agit naturellement d'une révolution absolue. Comment vit-on cette révolution? Surtout, pourquoi s'impose-t-on l'épreuve que représente un tel bouleversement pour soi et pour l'entourage? Et pourquoi ne pas avoir vécu cette métamorphose plus tôt?"

D'après
Parler d'homosexualité d'Emmanuel Ménard.




 



"Il est préférable d'affronter une fois dans sa vie un danger que l'on craint que de vivre dans le soin éternel de l'éviter."
Marquis de Sade



Une voix au fond de moi:

 

"Ne le dis à personne

Tais-toi, garde ça pour toi

T'as pas envie qu'les autres se moquent

C'est intime ça n'est qu'à toi

 

D'ailleurs nul n'est au courant

Chacun son jardin secret

Si tu le dis c'est dégradant

Il faut savoir rester discret

 

Comme les copains mater les filles

Et faire ce qu'on attend de toi

Tes parents sont fiers que tu te maries

C'est pas compliqué tu vois"

 

Facile de taire qui on est

Rester vaincu par la honte

Oublier ses rêves et la fierté

D'exister dans ce monde

 

Une autre voix, têtue celle-là

 

A marre de subir cette violence

De ne pouvoir être moi-même

Veux mettre fin à cette souffrance

Et dire que c'est les hommes que j'aime

CyriIIe

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Trois témoignages que je vous propose de prendre le temps de lire:




Pile ou face ... l'ado aux deux visages par Freeself

"Peinture" de la vie quotidienne d'un ado pas hétéro et mal dans sa peau



Le réveil sonne. Je me lève avec difficulté, il est 6 heures du matin.
Je descends prendre mon petit déjeuner.
Le café est trop chaud, je me brûle.
Je monte prendre ma douche, j'y resterais bien 1 heure.
Je m'habille doucement, qu'est ce que je vais mettre aujourd'hui ?
Le regard des autres, insupportable, il me faut quelque chose de sobre.
Je vais prendre le bus, je m'efforce de ne pas regarder ceux qui m'attire.
Solitude, prison d'air, je ne montre pas qui je suis.
Je rencontre mes amis, savent-ils qui je suis vraiment ?
Aujourd'hui c'est encore halloween, je porte un masque, comme toujours.
Je désespère, je sombre, je suffoque, où est la sortie ?    suite




15 ans ferme !   par Nathan 


Ou comment je me suis construit une prison mentale tout seul !



Je relongeais ces longs couloirs à la lumière blafarde, couloirs étroits, où résonnaient mes pas, le bruit de ma démarche heurtait les murs et les portes fermées me suffoquaient comme si j'allais à nouveau pénétrer une de ces cellules grises...

Puis je me suis réveillé, en sursaut, mon oreiller trempé, le corps ruisselant d'une nuit trop chaude. Pourtant, il faisait froid dans la chambre, et en regardant l'heure, je me suis rendu compte que je n'avais fait qu'un rêve...

Toute ma vie (je ne suis pas si vieux) venait de me revenir, en un instant, comme un défilé imperturbable d'images, de sons, de visions, de couleurs, de pensées, d'impressions...

Toute une vie d'enfermement, de renoncements, de non-dits, d'échappatoires, de défilement, toute une vie qui avait commencé un beau jour où...    
suite



  Entre le temps passé et le temps qu'il me reste (réflexions d'un homo tardif)    
par Littleyoda69

Une réflexion sur mon parcours, sur le temps perdu pour me trouver


Flash back… Temps passé…
Des souvenirs d’une enfance heureuse, insouciante comme tout le monde devrait en avoir une. Bien des années plus tard, ca reste toujours une lumière dans la nuit, la certitude que le bonheur peut exister sur Terre.
Adolescence, qui rime avec souffrance, mais je ne prononce pas le mot, inimaginable, ma vie est déjà bien assez difficile, ou le monde bien trop rude pour les cœurs purs. Les fondations de la prison sont posées, et les hauts murs se construisent, pierre après pierre, pour se protéger, ou alors pour enfermer ce cœur qui se rempli de larmes ?           suite



Article lié:

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S'accepter homosexuel (analyse de M. Castañeda)




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Je veux partager avec vous quelques extraits de l'article "Honte" du "Dictionnaire de l'homophobie" (auteur de l'article Sébastien Chauvin, ouvrage réalisé sous la direction de Louis-Georges TIN disponible chez PUF). Vous faire part de cet article qui m'a vraiment permis de comprendre, de donner du sens à ce que j'ai vécu, ressenti. Je vous invite à lire l'article en entier dans l'ouvrage cité (ou sur le site web de Sébastien Chauvin).


La honte d'être homosexuel, l'homophobie intériorisée.


"A l'instar d'autres groupes stigmatisés, les gais et les lesbiennes sont à bien des égards, des "enfants de la honte". (...) La honte est un sentiment de vulnérabilité universellement accessible, mais non universellement réparti entre les individus et les catégories d'individus. Nous sommes, en théorie, tous égaux devant la honte, mais dans le monde social réel, certains sont plus "égaux" que d'autres.

La honte est un des mécanisme les plus puissants grâce auxquels l'ordre social nous "tient" et nous maintien sous son emprise, que ce soit en empêchant les "normaux" de s'éloigner du "droit chemin" ou en poussant les "anormaux" à se cacher et à rester invisibles, à ne pas reconnaître leur appartenance à telle ou telle catégorie stigmatisée.

Lors des situations souvent douloureuses au sein desquelles est mobilisé, cyniquement ou inconsciemment, par les autres ou par soi-même, le discrédit social lié à l'homosexualité, la sensation physique de la honte s'exprime par des manifestations corporelles de vulnérabilité et d'impuissance comme le rougissement, les sueurs, les tremblements et le malaise. Par ces manifestations, les corps "disciplinés", subitement envahis par le monde, retraduisent le désir urgent et irrépressible de disparaître de la scène sociale (...) Cette émotion se fait d'autant plus intense et cruelle lorsque, comme c'est bien souvent le cas, se surajoute à la honte la conscience de trahir sa honte à l'extérieur- enclenchant alors une spirale infernale qui décuple la puissance du sentiment premier.

La honte est à la fois totale et réductrice. La vision homophobe réduit l'identité homosexuelle à une orientation purement "sexuelle" et fait du sexuel, pensé en termes de "tendances" et de pulsions plus ou moins associées à l'animalité, l'origine de toutes les actions et de toutes les pensées des gais et des lesbiennes. Leur être tout entier se retrouve identifié à une "pulsion perverse". C'est pourquoi l'homophobie ne les considère pas simplement comme des anormaux, mais en fait aussi et surtout comme des impudiques.
 

Sentiment d'être réduit à une pulsion, face à une société dans laquelle le "processus de civilisation" tend précisément à refouler l'ordre de l'organique et du pulsionnel dans la sphère de l'intime et du privé, la honte homosexuelle a un rapport privilégié avec le sentiment d'être sale et d'être sale en public, c'est-à-dire dans une situation inappropriée et choquante.

La honte (...) est la manifestation d'une forme "d'allégeance corporelle" des homosexuels à l'idée que ce qui est révélé sur eux (ou ce qui menace de l'être) renvoie à quelque chose de fondamental pour la définition de leur caractère, et que ce "quelque chose" devrait ou aurait dû rester caché. Plus radicalement, la honte extorque au sujet homosexuel la croyance au mythe qu'il y a bien, dans les plis de son corps ou dans les profondeurs de sa conscience, un "quelque chose" à cacher ou à révéler: ce dont précisément il est invité à avoir honte."


De la honte à la fierté

"Ainsi, si la fierté a encore plus de sens pour les gais et les lesbiennes que pour les Noirs, à qui historiquement ils empruntent le concept, c'est que leur invisibilisation par la honte a été l'un des principaux moyens par lesquels s'est exercé sur eux la domination symbolique. La construction de l'identité "gaie", tant au plan personnel que collectif, travaille précisément à résister à  ce mécanisme: la gay pride vise d'abord une réappropriation de l'identité homosexuelle qui renverserait le stigmate en fierté, aussi bien privée que publique, désarmant l'injure initiale en revendiquant "tête haute" l'identité originellement assignée par la société homophobe (...). Une communauté gaie et lesbienne mobilisée sert non seulement de levier aux mobilisations politiques, mais aussi, plus quotidiennement, de refuge protecteur permettant aux homosexuels de se reconstruire à l'écart des hiérarchies dominantes qui, lorsqu'elles sont intériorisées et retournées sur soi, engendrent précisément la honte et la haine de soi.

C'est la honte qui nous constitue, c'est elle encore qui nous rassemble: entrer dans la honte, c'est tout à la fois déjà reconnaître ce que l'on est, qui l'on est, et de qui l'ordre social homophobe nous rend objectivement solidaires, malgré nos réticences initiales.(...) De même que la fierté porte en elle sa généalogie honteuse, la honte, lorsqu’elle est assumée vraiment, lorsqu’on cesse d’avoir "honte d’avoir honte", enferme une sorte de fierté paradoxale. Cette honte orgueilleuse, explique Didier Eribon, pourrait constituer "le point de départ et d’appui d’une réinvention de soi". En nous mettant au monde comme des êtres aliénés ou "assujettis", la "honte gaie" enfermerait donc déjà, comme en négatif, mais déjà plus qu’en négatif, quelque chose comme notre liberté."


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